Très célèbre friche sur l’agglo d’Elbeuf !

La filature de laine, édifiée en 1871 par Aimable Roze, se compose initialement d’un atelier de fabrication édifié le long de la rue de Strasbourg. En 1889, l’usine est rachetée par la société anonyme Chedville et Cie. Vers 1900, un atelier de fabrication, un bureau, un magasin industriel et une conciergerie sont adjoints au bâtiment d’origine. En 1913, l’usine est équipée d’un outillage fixe au sol. En 1920, le site est repris par la société en nom collectif Poullot Moch et Odelin. En 1922, l’un des ateliers de fabrication est agrandi au nord pour y développer l’activité de peletonnage. Cette même année, six pièces de séchage sont édifiées dans la cours de l’usine. En 1926, la filature est rachetée par la société anonymes des établissements lainiers Henri Schacht et Cie dont le capital s’élève à 9 millions de francs.

Après la fermeture de la filature en 1955, le site est racheté par la société anonyme Dragées de France et converti en confiserie. Cette activité a perduré jusqu’en 1970. Dernièrement, l’usine abritait la société Diffusion N°1, rattachée aux éditions Rombaldi, spécialisée dans le routage. L’usine est équipée de 5000 broches en 1955. Elle occupe 2211 ouvriers en 1955.

Epoque : 4e quart 19e siècle ; limite 19e siècle 20e siècle ; 1er quart 20e siècle
Année de construction : 1871 ; 1913 ; 1922

Ancienne usine Francolor/Yorkshire

Totalement oublié du patrimoine numérique de Oissel, ce court-métrage – petit chef d’œuvre – d’Alain Resnais, était exhumé en 2011 par Julien Soudet, jeune cinéaste, et projeté en amont de son film « Le Bâtiment 17 ».

Le film d’A. Resnais est une « commande de l’Institut National de la Recherche sur la Sécurité sur la prévention des maladies professionnelles. Tourné en 1957 dans l’usine Francolor d’Oissel, ce documentaire prend des airs d’enquête scientifique pour découvrir le mal mystérieux dont souffre un ouvrier. »filmsdocumentaires.com

Source : Oissel.net

LA COTONNIÈRE

Saint-Étienne-du-Rouvray, boulevard Industriel

Textile, filature et tissage du coton

1865-1932

 

Dans la perspective d’étendre son activité à la France, la société bruxelloise des Filatures et Tissage Scheppers dirigée par Émile Jean-François Scheppers, jette en 1865, son dévolu sur le territoire de Saint-Étienne-du-Rouvray et ses vastes prairies, pour installer une nouvelle usine textile. À cette époque, la commune n’ayant pas encore été transformée par l’industrie comme Sotteville-lès-Rouen, Petit-Quevilly ou Oissel, son économie est encore largement basée sur l’agriculture et l’artisanat. Scheppers peut donc facilement trouver les terrains dont il a besoin pour l’instal­lation de son usine de filage et tissage du coton, bénéficier de la proximité du chemin de fer et de la Seine pour l’approvisionnement en matières premières ainsi que d’une main-d’œuvre abondante. Fondée à Saint-Étienne-du-Rouvray au printemps 1865, la société La Cotonnière acquiert rapidement son autonomie financière en devenant, le 30 novembre 1865, une société à responsabilité limitée au capital de six millions de francs.

Implantée au cœur d’un terrain de 23 hectares, l’usine textile se compose de deux ateliers de filage appelés petite et grande filature, de deux tissages, de magasins, de divers ateliers et d’une usine à gaz destinée à l’éclairage des bâtiments. La Cotonnière familièrement appelée par ses ouvriers la « Coto » est à sa création la plus importante usine textile de la rive gauche de la Seine et compte 1 140 ouvriers en 1867. En quelques années, celle-ci s’impose comme l’une des plus grandes usines textiles de Normandie et un véritable poids lourd de la production cotonnière en France, disposant de 90 900 broches et de 563 métiers à tisser.

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Malgré la vitalité de l’entreprise remise en cause momentanément par les conséquences de la guerre de Sécession en Amérique qui la prive de coton, Émile Scheppers, décide, le 5 octobre 1867, de passer la main. Après la guerre de Sécession, la guerre franco-prussienne de 1870-1871 constitue un nouveau coup dur pour l’usine textile. La mobilisation d’une partie de son personnel masculin contraint la direction de l’établissement à stopper l’activité de la filature. Les ouvriers restants, réduits à l’inactivité, sont alors dirigés vers des tâches de terrassement ou vers le tissage qui poursuit son activité grâce à ses réserves de fils.

Le 1er mai 1872, la Société Cotonnière est transformée en société anonyme. Cette même année, dans la nuit du samedi au dimanche 2 juin, l’établissement textile est victime d’un incendie d’une rare violence. Le sinistre entraîne la destruction des deux étages supérieurs de la grande filature composée d’un vaste bâtiment en briques long de 130 mètres sur 25 mètres de large et renfermant des métiers de renvideurs, des bancs à broches composés de 75 000 broches ainsi qu’une machine de 1 200 CV alimentant en énergie les installations. Si cet incendie constitue une lourde perte pour la production du fil, en revanche, les travaux de tissage qui occupent la plus grande partie des 900 ouvriers que compte l’usine à cette date, peuvent se poursuivre grâce à une machine à vapeur épargnée par l’incendie. Dans les mois qui suivent l’incendie, le bâtiment sinistré est reconstruit en prenant soin d’éliminer tout ce qui pouvait être source de combustion.

En 1879, l’usine textile aligne 80 000 broches et 600 métiers à tisser mus par un ensemble de machines à vapeur représentant une puissance de 1 500 CV, l’ensemble occupant 1 050 ouvriers. Une grande partie d’entre eux est logée dans la cité construite par La Cotonnière aux portes de l’usine et qui constitue une véritable ville dans la ville. Soucieuse d’attirer et de retenir la main-d’œuvre, la direction de l’entreprise offre à son personnel, en plus des logements, une bibliothèque, une pharmacie, une crèche pour les enfants des ouvrières, un asile pour le soin des malades, une école de filles gérée par les sœurs de la communauté de Saint-Vincent-de-Paul, une école de garçons, ainsi qu’une chapelle. Malheureusement, le 29 juin 1889, un incendie vient une nouvelle fois bouleverser la production de l’établissement alors placé sous la direction de Georges De Moor. Le sinistre implique cette fois-ci la petite filature qui emploie 150 ouvriers. Ce bâtiment construit en 1865 sur deux niveaux et qui mesure 60 mètres de long et 30 de large, renferme 11 800 broches et abrite à l’étage renvideurs, cardes, bancs-broches et laminoirs. La répétition des incendies, pousse la direction de l’usine à revoir la conception de ses ateliers. Si les premiers d’entre eux avaient été édifiés, comme la plupart des autres filatures de la région, en étages, la reconstruction des bâtiments va se faire sur la base d’une organisation horizontale de l’espace de travail rendue possible par la grande surface de terrain disponible autour de l’usine.

L’aménagement des nouveaux ateliers est l’occasion d’augmenter les capacités de production de l’usine. En 1892, celle qui est encore la plus importante de la région produit 3 681 823 kilogrammes de fils et 7 641 480 mètres de tissus grâce à 1 410 employés dont une forte proportion de femmes. En 1904, cet effectif atteint même le nombre de 2 000 ouvriers, mais n’est plus que de 1 600 six ans plus tard. Jusqu’à la fin des années 1910, La Cotonnière dont le rôle a été fondamental pour l’essor économique et démographique de Saint-Étienne-du-Rouvray, conserve encore la place du plus gros employeur de la commune.

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Durant la première guerre mondiale, à l’image des autres établissements textiles de la région, l’usine stéphanoise va tenir son rôle dans la fourniture de tissus destinés à l’équipement des armées. En septembre 1915, 200 métiers sur les 1 006 en service sont ainsi réservés à la fourniture des commandes passées par les services de l’Intendance militaire. L’établissement, qui ne cesse de se développer et de se moderniser pour garder son rang et son dynamisme, se compose en 1925, de trois filatures équipées de 120 000 broches et de 20 000 broches à retordre pour le filage du coton d’Amérique et des Indes. L’activité de tissage est menée dans les deux ateliers de l’établissement réunissant 1 350 métiers à tisser spécialisés dans la production d’articles de Rouen et de Tissus destinés à l’exportation vers les colonies françaises. À cette date qui marque l’apogée de l’activité de La Cotonnière, l’usine textile stéphanoise, qui demeure toujours la plus importante de la région emploie 2 500 ouvriers.

Cependant, malgré la modernisation de son outil de production et l’amélioration de ses méthodes de travail au lendemain de la Grande Guerre, l’entreprise est frappée, comme l’ensemble de la filière textile normande, par une succession de crises de mévente qui se succèdent durant les années 1920 et qui trouvent leur point culminant avec la crise économique de 1929. La situation est aggravée à La Cotonnière par l’achat, en 1930, de cotons de qualité médiocre qui se traduit par la production de tissu de moins bonne valeur et a pour effet d’entraîner une perte importante de marchés.

Comme un tiers des usines textiles normandes, La Cotonnière qui comptait encore 2 000 salariés en décembre 1930 est contrainte de cesser définitivement son activité durant le premier semestre de l’année 1932. Faute de repreneur, le per­sonnel de l’entreprise se retrouve au chômage le 1er juillet. Dans cette période de crise pour l’industrie textile, seule une partie des ouvrières licenciées réussit à retrouver du travail dans les autres établissements de la rive gauche qui continuent de fonctionner. Celles-ci vont en particulier réussir à se faire embaucher par l’usine textile Bertel à Sotteville-lès-Rouen.

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Désaffectée, l’ancienne Cotonnière va retrouver un second souffle après son rachat par la Société d’Application Générale d’Électricité et de Mécanique (Sagem) qui convertit, en 1945, les anciens ateliers de production textile et de stockage en atelier de fabrication de matériels électriques.

Source : Histoires d’usines – 180 ans de vie industrielle dans l’agglomération rouennaise

L’histoire, de 1916 à 2005…
En janvier 1916, les autorités françaises, qui doivent faire face à des demandes toujours plus importantes de munitions, décident de fonder une nouvelle poudrerie à Oissel. Celle-ci est particu­lièrement destinée à la production de mélinite, poudre explosive constituant le chargement intérieur de certains obus. les premiers travaux de construction de la nouvelle usine débutent en avril 1916. Rapidement après son démarrage, celle-ci fournit déjà 10% de la mélinite et 16% du phénol produit en France entrant dans la composition d’explosifs. Au mois d’août 1918, l’usine, qui demeure stratégique pour l’effort de guerre, fait l’objet de bombarde­ments allemands sans que ceux-ci ne parviennent à en stopper la production. Un mois après l’armistice du 11 novembre 1918, l’établissement qui a employé jusqu’à 1 500 salariés dont 600 chinois cesse complètement sa production de poudre.
Loin de le laisser dans l’embarras, cette décision marque le démar­rage d’une nouvelle phase de son activité. Il était prévu dès sa construction, que l’usine, au jour de l’arrêt de sa production d’ex­plosifs, se consacrerait à la production de matières colorantes. En effet, jusqu’à la guerre de 1914-1918, le marché mondial des matières colorantes est très largement dominé par l’Allemagne. Le déclenchement du conflit et l’arrêt des échanges avec ce pays qui s’ensuit, incite le gouvernement français à stimuler l’essor d’une industrie nationale des matières colorantes. En février 1916, une commission interministérielle se met en place pour travailler dans ce sens. Rapidement, le Syndicat National des Matières Colorantes et Produits Chimiques voit le jour et réussit à motiver industriels et négociants pour se regrouper au sein d’une com­pagnie capable de financer l’installation d’usines de productions de matières colorantes. Fondée le 31 janvier 1917, la Compagnie Nationale des Matières Colorantes et Produits Chimiques au capital de quarante millions de francs, présidée par René Masse, finance la construction de deux centres de production à Nogent-sur-Marne dans le Val-de-Marne et Villers-Saint-Paul, près de Creil, dans l’Oise.
 
Au lendemain de l’Armistice, il est décidé de créer un troisième site de production. La Compagnie Nationale des Matières Colo­rantes et Produits Chimiques obtient en 1919, du gouvernement français, l’autorisation de prendre possession des installations de la poudrerie de Oissel. L’usine qui s’étend sur un terrain de 220 hectares et qui possède 73 120 m2 de bâtiments couverts, est située à Oissel entre la Seine et les voies ferrées de la ligne Rouen-Paris. Du point de vue de son outillage, celle-ci est dotée des installations nécessaires au traitement de la benzine, du toluène, de la naphtaline et des acides minéraux entrant dans la compo­sition des colorants azoïques et autres matières intermédiaires. Si l’usine exploite elle-même une partie de sa production, le reste est envoyé à d’autres établissements français de produits colo­rants, mais également à l’étranger. À son démarrage, la direction de l’usine est confiée à Laurent Élie, ingénieur de l’École supérieure de chimie industrielle de Lyon.
En 1923, la Compagnie Nationale des Matières Colorantes et Produits Chimiques fusionne avec les établissements chimiques français Kuhlmann, ce qui lui permet d’exploiter dorénavant des brevets allemands de fabrication de colorants artificiels obtenus comme dommages de guerre. Le passage dans le giron de ce géant de la chimie française s’accompagne d’investissements pour renforcer le potentiel de production de l’usine de Oissel. En 1935, on commence à étudier le transfert de l’ensemble des ateliers sur un site plus proche de la Seine afin de faciliter leur desserte par le fleuve et sur lequel il sera plus facile de les agrandir ultérieu­rement. Mais le déclenchement de la seconde guerre mondiale va contraindre l’entreprise à ajourner son projet.
En 1938, l’usine emploie plus de 100 chimistes et ingénieurs et plus de 1 500 ouvriers. À cette date, celle-ci fait l’objet d’importants travaux afin de la doter de tous les moyens nécessaires à la mise en œuvre d’une chimie organique moderne, capable de prendre en compte tous les derniers progrès intervenus dans ce domaine. Suite à la déclaration de guerre avec l’Allemagne en septembre 1939, l’établissement renoue avec les activités à l’origine de sa création et consacre une partie de sa production à la fabrication d’explosifs du type mélinite.
 
En décembre 1941, les usines de Villers-Saint-Paul et de Oissel sont regroupées avec celles de la Société des Matières Colorantes de Saint-Denis et de la Compagnie Française de Saint-Clair-du-Rhône qui appartiennent également à la société Kulhmann, pour former la société anonyme Francolor dont 51% des 800 millions de francs du capital sont détenus par l’Allemagne. Durant l’Occupation, l’usine osselienne est mise à contribution pour la fourniture de différents produits à usages militaires destinés à l’armée allemande : dinitrobenzène, dinitrochlorobenzène, mononitrophtalène. L’usine va en particulier fabriquer un produit spécial anti-corrosif pour la protection des moteurs d’avion de la Luftwaffe. De par l’impor­tance de son rôle pour l’Occupant, l’usine fait l’objet de plusieurs sabotages de la part de la Résistance permettant de freiner la production.
Dans les années d’après-guerre, l’activité de l’usine se répartit en deux grands groupes : la fabrication de près de 250 produits chimiques de synthèse différents qui entrent dans l’élaboration des matières colorantes et la fabrication de plusieurs centaines de colorants azoïques. Ces activités sont complétées par la pro­duction de phénol synthétique, de tanins artificiels, d’auxiliaires de teinture et d’apprêt, de naphtazol et de bases solides.
Durant cette période, la production annuelle oscille de 8 à 10 000 tonnes de produits intermédiaires et 4 000 tonnes de matières colorantes dont l’exportation représente, en 1948, 3 milliards de francs. L’établissement occupe alors 1 800 personnes répar­ties entre 1 440 ouvriers, 285 agents de maîtrise et employés, 75 ingénieurs et ingénieurs chimistes.
Les projets de déplacement et d’agrandissement de l’usine, aban­donnés au moment de la guerre, sont remis à l’ordre du jour au début des années 1950. Parmi les travaux menés, le déplacement en 1956 du magasin aux produits finis, construit en 1927 en béton armé, vers les nouveaux ateliers installés plus près de la Seine, constitue un événement éminemment spectaculaire. Ce bâtiment de 100 m de long sur 20 m de large et comportant quatre niveaux est en effet déplacé, vers son nouvel emplacement, à l’aide de rails, sur une distance de 750 m. Moins médiatisé, le creusement dans la rive d’un port privé pour la desserte de l’usine par les péniches, illustre bien la volonté des responsables de l’usine de doter celle-ci d’un maximum d’atouts pour son développement. Durant les années 1960, l’établissement se livre à un renforce­ment de ses installations par la construction de cinq bâtiments supplémentaires qui permettent la mise en fabrication de nouveaux produits qui s’ajoutent à une liste de plus de 1 500 produits organiques de synthèse.
 
La décennie 1960 est marquée, sur le plan industriel, par la fusion en 1966 du groupe Kuhlmann, avec l’entreprise d’électro-chimie Ugine pour former le groupe Ugine-Kuhlmann sans que cela ne remette en cause l’activité de l’établissement de Oissel qui atteint 6 000 tonnes de colorants par an. Au début des années 1970, le nombre des salariés passe sous la barre du millier alors que celui-ci avait frôlé les 2 000 à la fin des années 1940. Cette diminution importante illustre les efforts menés durant les années 1950-1960 pour améliorer le rendement de l’usine qui a, de fait, moins besoin de main-d’oeuvre ouvrière, mais proportionnellement plus de cadres et de techniciens.
L’année 1971 est marquée par la fusion d’Ugine-Kuhlmann avec le groupe Pechiney pour devenir Pechiney-Ugine-Kuhlmann (PUK). Ce mariage donne ainsi naissance au premier groupe industriel privé du pays présent dans la sidérurgie, la chimie et le nucléaire. Cependant, à partir de 1974, ce géant industriel français connaît de graves difficultés financières provoquées par les remous du choc pétrolier de 1973. Décidé à le sauver, l’État nationalise le groupe en 1981 et finance sa restructuration, mais réclame en contrepartie son démantèlement. En 1983, l’entreprise Francolor qui n’emploie plus que 880 salariés est dénationalisée afin d’être vendue au groupe britannique ICI (Imperial Chimical Industries), quatrième entreprise chimique mondiale. Malgré ce changement de propriétaire, les finances de l’établissement chimique de Oissel connaissent d’importantes difficultés qui ne peuvent être réglées que par une réduction des ses effectifs en 1985 qui voit le départ de 156 salariés. Malgré cette purge, l’usine demeure la plus impor­tante de Oissel et reste le leader français de la production de colorants industriels et de pigments pour encre d’imprimerie. Après les bouleversements des années 1980, le début de la décen­nie suivante est marqué, pour l’entreprise, par une baisse de son activité consécutive à une diminution de la demande de produits colorants en France. Pour faire face à cette difficulté, la direction d’ICI Francolor procède à une nouvelle vague de licenciements au printemps 1991 (la cinquième depuis 1983). Mais la restructuration de l’usine ne se limite pas à la seule réduction du nombre de salariés. Afin d’améliorer la rentabilité des activités, le groupe ICI décide, à la fin de l’année 1991, de scinder en deux le site de Oissel. En 1992, les ateliers où sont fabriqués les colorants textiles, sont vendus au groupe américain Crompton and Knowles Cor­poration. Avec son siège social basé dans le Connecticut, cette société qui pèse 2,3 milliards de francs emploie 2 300 ouvriers répartis dans ses cinq usines américaines et son usine belge.
la seconde partie de l’usine, spécialisée dans la production des pigments organiques entrant dans la composition des encres d’im­primerie, des peintures et la coloration des matières plastiques, est cédée le 1er janvier 1993, à la société Francolor Pigments {1}. Celle-ci est une filiale du groupe japonais Toyo Ink, leader dans le domaine des pigments à forte valeur ajoutée et employant 6 000 salariés dans le monde.
En juin 2000, le groupe Crompton and Knowles cède à son tour l’usine à la société britannique Yorkshire Leeds France, 4e produc­teur mondial de colorants organiques spécialisé dans la fabrica­tion de colorants pour cuir, textile et papier. Cependant, au début des années 2000, le groupe Yorkshire Leeds est confronté à un problème de surcapacité de production et à un renforcement de la concurrence asiatique, en particulier de l’Inde et de la Chine. Face à cette situation, la multinationale décide de réduire ses frais en fermant certains de ses sites comme ceux de Tertre en Belgique et Leeds en Angleterre. Malgré cette mesure, l’entreprise ne peut éviter sa mise en liquidation, le 23 octobre 2003, qui s’accompagne de l’abandon de l’usine de Oissel. Face à l’effacement du groupe Yorkshire et faute de pouvoir améliorer sa propre situation, l’usine de Oissel est mise en liquidation en février 2005, laissant 174 salariés au chômage.
{1} L’entreprise s’appelle dorénavant Toyo lnk Europe Specialty Chemicals et emploie plus de 200 salariés. En 2005-2007, près de quinze millions d’euros ont été injectés pour moderniser l’appareil de production afin d’orienter la fabrication vers les pigments de haute performance.

D’ici à la mi-septembre 2014, la ville de Barentin deviendra propriétaire de l’ancienne usine de textile Badin, une friche de 17 hectares située dans la vallée de l’Austreberthe. La mise en appel d’offre pour le désamiantage, la déconstruction partielle et les travaux de conservation du site a été votée lors d’une réunion du conseil municipal en juillet dernier. Cette usine fermée et placée en liquidation judiciaire en 2008 était une des plus grandes filatures de la région rouennaise. La ville va donc engager quelque 1,5 M€ pour racheter au liquidateur le site et assurer sa dépollution. « il reste de nombreuses sources de pollutions avec le reste de produits chimiques et de combustion liés aux transformateurs » explique Michel Bentot, le maire (PS) de Barentin qui demande une aide à la Région et au FEDER afin de financer ce projet.

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Cette friche industrielle qui a été pillée et incendiée va connaître une forte restructuration. Une mission d’expertise initiée par la mairie a permis de déterminer la valeur patrimoniale des bâtiments de l’usine. Les plus endommagés seront déconstruits tandis que d’autres, plus emblématiques, seront conservés. Ainsi, la Tour à Horloge accueillera les services municipaux, trois bâtiments composant la Triple Arche auront une orientation sportive, un autre recevra une pépinière d’entreprises et enfin la centrale électrique et la cheminée seront gardées comme témoins industriels du XIXème siècle. Par ailleurs il est prévu de rénover les locaux de l’entreprise Jacques Dubois qui développe sur le site des produits de haute technologie destinés aux domaines militaires et civils (télécommunication, aéronautique, espace, automobile).

La restauration de la friche Badin va devenir le grand projet de cette ville de 13.000 habitants. « Le terrain rendu disponible sera une réserve foncière pour les 20 prochaines années de la ville qui s’est étendue d’une part vers Rouen et d’autre part vers le Havre et compte désormais 50% de logements sociaux », souligne le maire. L’édile souhaite inscrire ce projet d’urbanisme « qui le passionne » dans un schéma plus global de réhabilitation de l’ancien Lycée Jacquard appartenant encore à la Région Haute-Normandie, de l’ancienne usine Gaillard au sein de laquelle des études analogues ont été menées à titre privé et de l’entreprise de tissage Deren : « la municipalité désire se réapproprier le fond de vallée de l’Austreberthe, fortement touchée par la désindustrialisation » indique Michel Bentot.

Ouvrier devenu patron

Le fondateur de l’usine, né en 1830 à Brethel (Orne) dans une famille de fileurs à domicile, Auguste Badin a été engagé à l’âge de 12 ans comme ouvrier dans une petite filature de lin installée à Barentin. A 17 ans, il en devient le directeur puis à 30 le propriétaire. Ses affaires prospèrent et dans le dernier quart du XIXème siècle il fait construire à côté de la première usine, une filature de coton et une autre dédiée au jute et au chanvre.

Ces constructions de briques rouges d’inspiration anglaise étaient surmontées d’une cheminée haute de 90 mètres capable de répondre aux contraintes physiques des énormes chaudières. Au début du XXème siècle, les machines engloutissaient jusqu’à 15.000 tonnes de charbon l’an pour transformer 6.000 tonnes de lin brut et 4.200 tonnes de coton brut.

Parfait autodidacte et patron paternaliste à l’ancienne, Auguste Badin finança une école, une crèche, un orphelinat, une caisse de retraite, une autre de secours mutuel… Il fut aussi maire de Barentin de 1881 à 1908. Après sa mort en 1917, l’entreprise qui a compté à son maximum plus de 2.000 ouvriers connu des hauts et des bas. L’activité s’éteignit avec le dépôt de bilan en 2006 de l’entreprise Badin-Sartel qui ne comptait plus qu’une centaine de salariés.

Source : filfax.com